Cos d’Estournel, le château du Maharadjah

Cos d’Estournel, le château du Maharadjah

Bonjour les amis, bienvenue sur Pod’Vins, votre podcast 100% Vins, mais pas que, je suis Arnaud, j’espère que tout va bien de votre côté, et ça ne peut aller que mieux car nous allons passer quelques minutes ensemble à la découverte d’un domaine viticole. Et c’est un épisode exceptionnel car c’est la première fois que je dédie un épisode entier à un domaine. Alors certes, les plus fidèles d’entre vous me diront que j’ai déjà fait un épisode sur le Domaine de la Romanée Conti, à ceci près que la Romanée Conti est également une appellation.

Aujourd’hui, c’est différent car nous allons parler d’un domaine étonnant à plus d’un titre, intégré dans l’appellation Saint-Estèphe dont il est l’un des plus illustres représentants, c’est le château Cos d’Estournel.

Et ce qui frappe avec le château Cos d’Estournel, c’est bien sûr son architecture originale très orientale, connue dans le monde entier.
Mais c’est quoi le rapport entre l’Orient et Saint-Estèphe? Et bien ça ne tient qu’à un homme, son fondateur, Louis-Gaspard d’Estournel, marquis d’Estournel.

Louis-Gaspard d’Estournel hérite en 1791, à l’âge de 29 ans, des domaines de Caux et de Pomys plantés de 14 hectares de vignes. Voisin du château Lafite Rotschild, puisque seule la jalle du breuil sépare les deux châteaux, il comprend qu’il possède là un terroir exceptionnel et décide d’y consacrer sa vie et sa fortune pour en faire une propriété de premier ordre.

Malheureusement, tout ne se passe pas comme prévu et en 1811, il se voit contraint de vendre ses terres pour payer ses dettes. Mais 10 ans plus tard, il réunit assez d’argent pour racheter Cos et même agrandir son domaine en achetant de nombreuses parcelles, parmi les plus belles de l’appellation. Cos d’Estournel sera bel et bien l’œuvre de sa vie.

Le succès est au rendez-vous et il arrive même à vendre sa production dans des terres lointaines, en extrême-Orient, qu’il affectionne particulièrement. C’est qu’il a de très bonnes relations avec l’Angleterre et notamment avec l’armée anglaise présente dans les colonies, dans les Indes notamment.

Puis, dans les années 1830, celui qu’on commence à surnommer « le Maharadjah de Saint-Estèphe« , entreprend la construction d’un chai au style oriental et choisit, pour orner son château, de le surmonter de monumentales pagodes et d’une porte majestueuse qu’il fait venir de Zanzibar. Peut-être aussi une façon de montrer à la place bordelaise que Cos d’Estournel dépasse les frontières, jusqu’aux plus lointaines.

Et d’ailleurs le voyage du vin par bateau jusqu’aux confins du globe donne naissance à un style de vins qu’on appelle “Retour des Indes”, mention que l’on voit apparaître sur les bouteilles du domaine. En effet, les invendus, de retour à Bordeaux après des mois de traversées, se sont bonifiés. Les vins “Retour des Indes” deviennent le nec plus ultra et évidemment les négociants s’en emparent et l’appliquent à d’autres châteaux sur les étiquettes desquelles on commence, au milieu des années 1850, à voir apparaître également la mention. Même si la plupart du temps, ils n’ont connu qu’un voyage en Espagne ou au Portugal.

Mais en 1852, Louis-Gaspard est ruiné, et doit vendre son domaine à un banquier du nom de Martyns, sans jamais avoir eu la satisfaction, puisqu’il meurt un an plus tard, de voir son domaine devenir en 1855, un deuxième grand cru classé.

Dans les années suivantes, le domaine passera de main en main jusqu’en 1917 où il devient la propriété de Fernand Ginestet, un célèbre négociant bordelais, propriétaire également à partir de 1949 de château Margaux.

Un partage des biens familiaux attribue à son fils Pierre Margaux et sa fille Arlette Cos d’Estournel et d’autres propriétés. C’est l’un des fils d’Arlette, Bruno Prats, puis l’un de ses petits-fils Jean-Guillaume qui en assureront la direction jusqu’en 2013, sous la direction d’autres propriétaires. Puis en 2000 le château est vendu à un industriel, Michel Reybier, son actuel propriétaire.

Et c’est avec Michel Reybier que Cos d’Estournel va se moderniser, notamment avec ce magnifique chai, signé Jean-Michel Wilmotte, à la fin des années 2000. Un chai qui a la particularité d’être entièrement gravitaire, le premier du genre à Bordeaux à l’époque, faisant appel à 4 cuves-ascenseurs en remplacement des pompes, tout cela permettant de manipuler les baies et les jus avec douceur pour préserver l’intégrité du fruit.

Et des cuves proprement dites, au total il y en a plus de 80, ce qui permet une gestion parcellaire voire intra-parcellaire, très précise du vignoble.

Un vignoble d’un peu plus de 90 hectares qui fait la part belle au Cabernet-Sauvignon et au Merlot bien sûr, avec un peu de Cabernet-Franc et de Petit Verdot pour les rouges, et au Sauvignon et au Sémillon pour ce qui concerne les blancs.

Car Cos d’Estournel, c’est bien sûr le Grand Vin, un des meilleurs Seconds de Bordeaux, mais aussi Pagode de Cos, le Second Vin, produit à partir des jeunes vignes, moins de 20 ans, et la même chose en blanc, en appellation Bordeaux blanc tout simplement.

S’ajoutent deux autres cuvées, G d’Estournel et Goulée d’Estournel.

Et pour faire des grands vins, des vins d’exception, il faut un terroir exceptionnel. Et Cos d’Estournel bénéficie d’une grande complexité et d’une grande diversité de sols.
Le domaine est situé sur la colline du lieu-dit de Cos (qui signifie d’ailleurs colline de cailloux en patois), à la frontière avec Pauillac comme on l’a dit.

Sa partie centrale est située sur un plateau d’une vingtaine de mètres, de graves profondes, d’où déclinent deux coteaux. L’un est orienté à l’Est et l’autre au Sud. Avec également une large veine argileuse qui traverse le vignoble.

Le Cabernet Sauvignon, 60% environ du vignoble, s’épanouit plutôt sur le plateau et les coteaux au Sud alors qu’on retrouve plus les Merlots sur les sols graveleux du coteau Est.

Ça ne fait aucun doute, Cos d’Estournel est un grand vin de Bordeaux, aussi solide que les élephants que l’on remarque un peu partout dans la propriété, dans les jardins, au chai, dans la cave, en bois sculpté, en végétaux, en pierre, á la fois porte bonheur et symbole de force, de longévité et de stabilité.

Louis Gaspard d’Estournel avait déjà perçu tout son potentiel il y plus de 200 ans et l’histoire, ou plutôt le talent de tout ceux qui s’en sont occupés jusque là a fait le reste. Boire un verre de Cos d’Estournel, c’est un peu tout ça à la fois, avec modération bien sûr.

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