Les Riceys, la vie en rose

Les Riceys, la vie en rose

Bonjour les amis, bienvenue sur Pod’Vins, votre podcast 100% Vins, mais pas que, je suis Arnaud, j’espère que tout va bien de votre côté, en tous cas détendez-vous, nous allons de nouveau passer quelques minutes ensemble pour parler de vins et d’un village qui a la particularité de posséder 3 AOC. Et ce village, ce sont Les Riceys. Il est composé de trois bourgs : Ricey Bas, Ricey Haute Rive et Ricey Haut.

En effet, Les Riceys est un village champenois qui a le droit de revendiquer l’AOC Champagne, l’AOC Coteaux champenois et l’AOC Rosé des Riceys. Nous avons déjà consacrer un podcast aux deux premières, donc aujourd’hui nous allons nous attarder un peu plus sur le rosé des Riceys. Car tout cela en fait la commune qui possède la plus importante superficie viticole de toute la Champagne avec 870 hectares (il y en avait 2000 avant le phylloxéra) dont la très grande majorité en Pinot Noir, le reste évidemment en Chardonnay et Pinot Meunier.

Le Pinot Noir est roi aux Riceys et c’est lui qui ici permet de produire ce fameux rosé sur 350 hectares environ. Pas étonnant me direz-vous quand on sait qu’on est au Sud de la Champagne et aux portes de la Bourgogne, dans la Côte des Bar très exactement.

C’est une AOC assez ancienne car elle date de 1947 et sur les 290 vignerons qu’il y a aux Riceys, une vingtaine fait du rosé. Mais ils ne font pas que ça, ils font du Champagne et des Coteaux Champenois car le rosé des Riceys est compliqué à produire et n’est produit que les meilleurs années, les années les plus ensoleillées. C’est donc un vin rare, issu des parcelles les mieux exposées, sur les côteaux argilo-calcaires du Kimméridgien les plus pentus.

Alors pourquoi est-il si difficile à produire?

D’abord, je vous rappelle comment on fait du rosé en France. Il y a deux méthodes.

La première technique est le pressurage direct. C’est celle qu’on utilise pour produire également du vin blanc. Une fois les raisins récoltés, on les presse quasi sans contact entre la pulpe et les peaux. Mais Il y a quand même un léger transfert de couleur ce qui fait qu’on obtient des rosés très pâles voire un peu saumonés.

La seconde, c’est celle justement utilisée pour le rosé des Riceys. C’est la macération courte. Cette méthode consiste à laisser les peaux des raisins noirs en contact avec le moût pendant un délai très court. De 3 à 6 jours. Le jus est ensuite séparé des peaux par saignée, juste soutiré, ou par pressurage léger. Un pressurage qui doit avoir lieu au bon moment. Trop tôt, on aura moins de fruité et trop tard, on obtient du vin rouge. Et c’est donc le talent du vigneron qui détermine ce bon moment, au prix d’une surveillance très précise, ça peut se jouer à une heure près, pour obtenir ce qu’on appelle le goût des Riceys.

Et cela fait que le rosé des Riceys n’est pas un rosé comme les autres. C’est un rosé du Nord, bien différent de son cousin provençal. Et c’est dû en partie au cépage. Car le Pinot Noir a une peau plus fine que les cépages utilisés dans le Sud. Les baies peuvent donc macérer un peu plus longtemps sans risquer d’extraire trop de couleur et trop de tanins. Et du coup, ça leur permet de gagner en puissance, en fruité sans le côté trop tannique qu’on ne recherche pas.

Cela leur donne une palette aromatique assez complexe qui s’exprime autour des fruits rouges (framboise, la fraise, la cerise, le cassis), des fruits noirs, avec une petite touche d’épices douces.

Ce sont des vins assez ronds, amples avec une belle texture, bref vous l’aurez compris ce sont des vins de gastronomie.

Ils accompagnent parfaitement des viandes blanches, la volaille, les poissons, ou encore des fromages comme un chaource ou un Langres. Ça peut également bien marcher avec les viandes rouges dans les millésimes plus puissants, parce que les rosés des riceys sont systématiquement millésimés.

Si vous voulez tenter l’expérience d’un rosé des Riceys, ce n’est pas spécialement bon marché. Ce ne sont pas des vins faciles à trouver, ils sont plutôt rares, mais vous les reconnaîtrez avec leur fameux blason aposé sur la bouteille, moulé dans le verre. En tous cas pour les bouteilles après 1996.

Et ça me permet de vous dire que les rosés de Riceys ont en général un bon potentiel de garde, entre 5 et 10 ans. Pour un rosé, c’est quand même pas mal.

Les meilleures parcelles, des vieilles vignes, les meilleures années, une récolte manuelle, peu de producteurs, environ 25, peu de volume font que le rosé des Riceys est un vin particulier. D’ailleurs un vin qui selon la légende était l’un des vins préférés de Louis XIV que lui avait fait découvrir des ouvriers du village qui travaillaient à l’époque sur le chantier de Versailles.

Et un vin qui aurait pu aussi disparaître mais qui trouva un second souffle en 1987 grâce à la télévision et l’émission Apostrophes de Bernard Pivot qui n’hésita pas à se déboucher une petite bouteille avec ses invités du jour devant la France entière. Bon, ça c’était avant la loi Evin.

Il faut reconnaître que le rosé a un peu un statut particulier. Souvent catalogué à un vin estival que l’on boit avec des grillades ou près de la piscine. Et pourtant, celui des Riceys démontre qu’il est possible d’obtenir un vin plus haut de gamme, plus exclusif à partir de l’un des cépages les plus pretigieux et exigeant de la planète viticole. Il me semble donc que le rosé des Riceys représente une excellente alternative pour sortir des sentiers battus, avec modération bien sûr.

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