Bonjour à tous, bienvenue sur Pod’Vins, votre podcast 100% Vins, mais pas que, je suis Arnaud, j’espère que vous allez bien, et aujourd’hui je vous propose de partir dans le vignoble des Pays de la Loire à la découverte d’un vin que vous pensez peut-être connaître mais le connaissez-vous si bien que ça, connaissez-vous vraiment le Muscadet ?
Pas de souci, je vais tout vous expliquer.
Nous sommes dans le Pays Nantais qui est un des 6 vignobles des Pays de la Loire, et à l’intérieur de ce pays nantais vous avez 6 appellations sur 8000 hectares, dont 4 qui nous intéressent aujourd’hui : Muscadet, l’appellation générique et 3 appellations sous-régionales, Muscadet Sèvre-et-Maine, Muscadet Coteaux-de-la-Loire et Muscadet-côtes-de-grandlieu. Je vous donne les 2 autres pour information, ce sont Coteaux d’Ancenis et Gros Pant du Pays Nantais. Là vous avez les 6.
Les 4 du Muscadet sont des appellations anciennes, puisqu’elle date de 1936 pour les Coteaux de la Loire et Sèvre et Maine, 1937 pour Muscadet générique et 1994 pour Muscadet-côtes-de-grandlieu qui est donc la petite dernière.
On ne sait pas trop d’où vient ce nom de Muscadet mais en tous cas ce qu’on sait c’est que d’une part, il n’est pas lié à une commune ou à un élément géographique ou encore historique qui s’appellerait Muscadet, et d’autre part, que ce qu’on produit sur ce territoire
n’a aucun lien avec le cépage ou le vin de Muscat.
Les 4 appellations Muscadet dont nous parlées ont de nombreux points communs.
Premièrement, elles se situent toutes autour de l’agglomération Nantaise, plutôt sur sa partie Sud et Est, un peu à l’Ouest, sur 3 départements que sont la Loire Atlantique et quelques communes du Maine et Loire et de Vendée.
Elles ne sont pas toutes sur 3 départements, Muscadet Coteaux de Loire, plus au Nord ne couvre pas la Vendée et Côte de Grandlieu, plus au Sud ne figure pas dans le Maine et Loire.
Ensuite le cépage, qui sauf peut-être quelques exceptions confidentielles, n’est cultivé que dans cette région, c’est le Melon de Bourgogne, ce qui fait de cette partie du vignoble Nantais le plus grand vignoble de France en mono-cépage.
Alors ce Melon, c’est un croisement entre le Pinot Noir et un cépage aujourd’hui disparu, le Gouais Blanc, dont la forme ronde des feuilles fait penser au melon. Il serait arrivé dans la région en provenance de Bourgogne et a pris ensuite le nom de Muscadet à l’origine du nom des appellations. Pourquoi, comment, cela n’a pas encore été prouvé de manière irréfutable.
Et du coup je pense que vous vous en doutez, le Melon de Bourgogne est utilisé pour produire exclusivement des vins blancs secs. Donc les Muscadets sont des vins blancs secs.
Autre point, le climat est identique sur tout le territoire du Muscadet même si ça et là il peut y avoir quelques variations dues à la présence notamment des nombreux cours d’eau et étendues d’eau comme la Loire, la Sèvre et la Maine, le lac de Grandlieu ou les marais de Goulaine. C’est un climat maritime, océanique évidemment qui impactent fortement le vignoble puisqu’il n’y a aucun relief qui pourrait jouer un rôle de barrière par exemple entre l’Océan et les terres cultivées. La région est plate ou légèrement vallonnée par endroits mais rien de très significatif.
Les hivers sont doux et pluvieux et les étés beaux et doux également. Le tout avec un niveau de précipitations annuelles d’environ 820 mm, ce qui reste acceptable, d’autant que les vents marins, au-delà de la fraîcheur qu’ils apportent, protégent les vignes des maladies.
Ce qui va différencier avant tout les appellations, ce sont les sols. Le vignoble du Muscadet se caractérise par une forte complexité géologique. Je ne vais pas entrer dans le détail parce que c’est assez compliqué mais en gros on va retrouver des roches plutoniques (granites, gabbros) et des roches métamorphiques (gneiss, micaschistes, amphibolites), tout un tas de roches et de sols issus de l’activité géologique de cette région.
La taille des appellations est aussi notable, 6400 hectares pour Sévre et Maine, 150 pour coteaux-de-la-loire, 230 pour côtes-de-grandlieu et 1300 pour l’appellation générique.
Les Muscadets sont en général des vins frais et légers avec un taux d’alcool modéré autour de 12 degrés, fruités avec des notes d’agrumes, de fruits blancs, parfois un petit côté iodé. Et c’est l’image qu’ils ont, une image de petit blanc de comptoir, avec lequel on fait un kir éventuellement puisque le sucre de la liqueur vient compenser l’acidité du vin et une image plutôt dégradée alors que, si ces vins-là existent bien évidemment, le vignoble est capable aussi de proposer des vins beaucoup plus qualitatifs.
C’est vrai sur les 4 appellations Muscadet mais encore plus sur 10 communes qui depuis 2011 pour certaines et un peu plus tard pour d’autres ont acquis un statut de cru, une reconnaissance qualitative. C’est le haut de gamme du vignoble nantais.
Chaque cru possède une personnalité qui lui est propre avec une mise en avant de son terroir qui en fait un vin différent des autres vins de l’appellation.
Ces crus, dont la grande majorité se trouve sur l’aire d’appellation Sèvre et Maine sont : Clisson, Gorges, Le Pallet, Goulaine, Château-Thébaud, Mouzillon-Tillières, Monnières-Saint-Fiacre, La Haie Fouassière, Vallet et Champtoceaux.
Ensemble, ils représentent environ 200 hectares.
Une autre mention doit être évoquée parce qu’on la rencontre souvent quand on parle de Muscadet. Il s’agit de la mention « sur lies ». Alors attention ce n’est pas un gage de qualité, c’est simplement une méthode d’élevage qui va permettre d’obtenir des vins un peu plus complexes, des vins avec un peu plus de volume en bouche, plus de gras et de rondeur.
Alors cet élevage sur lies, c’est quoi ?
Vous savez que pour faire du vin, il faut des levures pour transformer les sucres en alcool. Quand la fermentation est terminée ces levures meurent, sédimentent au fond de la cuve ou de la barrique et en principe, le vigneron procède à un soutirage pour séparer le vin de ces sédiments. Mais il a la possibilité de ne rien toucher et donc on dit que le vin est sur ses lies.
Et là, les levures se dégradent et libèrent des molécules qui modifient la structure du vin.
Pour la petite histoire, il se raconte que la découverte de ce procédé fut accidentelle au début du 20ème siècle, car les vignerons du Pays nantais avaient l’habitude de garder la meilleure barrique de la récolte pour fêter des événements familiaux comme les mariages, et ce, sans rien toucher. Et ils se rendirent compte que le vin gagnait en complexité.
Cette mention sur lies est réglementée, c’est pourquoi vous la voyez sur les étiquettes de certains Muscadets et il faut qu’ils aient été élevés sur leurs lies au moins jusqu’au 1er mars de l’année qui suit celle de la récolte, donc qu’ils n’aient passés qu’un hiver en cuve ou en fût et qu’ils soient conditionnés en bouteilles dans les chais de vinification entre le 1er mars et le 30 novembre de l’année qui suit celle de la récolte.
Cela donne des vins jeunes, frais et n’ayant subi aucune manipulation, aucun transvasement, des vins avec un léger perlant, du gaz carbonique issu de la fermentation.
Alors il semblerait que les consommateurs aient du mal avec cette mention « sur lies » qu’ils pourraient confondre avec un cours d’eau selon les responsables des appellations Muscadet. Il y a donc un projet en cours qui est d’une part d’utiliser la formule « méthode nantaise », et d’autre part de laisser au vigneron le choix de la durée de vieillissement sur lies (qui serait indiquée sur l’étiquette) puisque bon nombre d’entre font des élevages plus longs que la période autorisée dans le cahier des charges.
On l’a vu, il y a donc différents profils de Muscadets. En général, ils se dégustent plutôt jeunes, dans les 2/3 ans, et sont parfaits pour accompagner un beau plateau de fruits de mer, des huitres et tout ce qui vient de la mer. Les fromages régionaux évidemment, les sushis aussi.
Les vins les plus complexes, certains Muscadets peuvent très bien durer dans le temps contrairement à ce qu’on peut croire, font merveille avec des poissons, qu’ils viennent de l’Océan et des rivières environnantes.
Il est vraiment important de sortir de cette image de petit Muscadet, j’insiste là-dessus, parce qu’on peut trouver des choses vraiment très intéressantes et surtout avec un rapport qualité/prix imbattable. Ce vignoble change, de jeunes vignerons font bouger les lignes et maintenant il n’y a plus qu’à communiquer efficacement pour que les consommateurs aient un regard différent sur les Muscadets.
Comme bien souvent, il faut goûter, se faire conseiller éventuellement par un caviste ou un sommelier au restaurant et connaître les vignerons qui travaillent bien. Et heureusement il y en a beaucoup parmi les 500 que comptent le territoire du Muscadet.
Personnellement j’apprécie les vins de Jo Landron, ceux du Domaine Luneau-Papin, du Domaine de l’Ecu, de Vincent Caillé, de Jérôme Bretaudeau entre autres.
Voilà, j’espére que vous porterez désormais un nouveau regard sur les Muscadets qui ne sont pas que des petits vins blancs secs sans intérêt. Encore une fois je vous encourage à goûter sans a priori, et avec modération évidemment.


