Bonjour les amis, bienvenue sur Pod’Vins, votre podcast 100% Vins, mais pas que, je suis Arnaud, trés heureux de vous proposer aujourd’hui un nouvel épisode, on va dire un classique de la viticulture française, une des plus grandes appellations au monde, puisqu’il s’agit de Saint-Emilion.
Saint-Emilion, tout amateur de vins connaît évidemment tant son prestige, soutenu par des châteaux mondialement célèbres, Ausone, Pavie, Angelus et j’en passe, est important. Et pourtant, ce n’est qu’un petit village médiéval mais qui est entré, fort de sa longue histoire, au Patrimoine mondial de l’Unesco en 1999.
Mais d’où vient ce nom curieux d’Emilion? Et bien la légende raconte qu’un certain Aemilianus, moine breton connu pour sa grande générosité, serait parti de sa Bretagne natale au 8ème siècle vers le Sud avant de s’installer dans une grotte de la forêt de « Cumbis », ce qui deviendra plus tard le village de Saint-Emilion. Il mèna dans sa grotte une vie d’ermite, de prière et de contemplation, attirant autour de lui disciples et pèlerins.
Après sa mort (vers l’an 767), ses disciples organisèrent une communauté autour de son ermitage qui devint un centre religieux important, donnant naissance à la ville de Saint-Émilion.
Saint-Emilion se situe dans le bordelais et lorsqu’on aborde la mythique région de Bordeaux, ce que nous avons déjà fait dans ce podcast, il est important de comprendre la géographie du vignoble.
Il y a deux cours d’eau, un qui vient du Sud, la Garonne et un de l’Est, la Dordogne. Et au Nord de Bordeaux, ils se rejoignent pour former la Gironde qui se jettent dans l’océan. Et c’est un peu ces 3 cours d’eau qui délimitent les différentes régions viticoles bordelaises.
A l’Ouest de la Garonne puis ensuite de la Gironde, vous avez Sauternes, les Graves, Pessac-Leognan et le Haut-Médoc. Entre la Garonne et la Dordogne, c’est l’Entre-Deux-Mers. Et à l’Est de la Dordogne et de la Gironde, donc à leur droite si on regarde une carte, c’est pourquoi on l’appelle la rive droite, vous avez le Blayais, le Bourgeais, Castillon et le Libournais.
Et c’est précisément dans le Libournais que se trouve Saint-Emilion, avec Pomerol et Fronsac.
Saint-Emilion, c’est tout d’abord l’union d’un climat, ici bien évidemment océanique, de sols variés et de cépages qui y sont parfaitement adaptés.
A Saint-Emilion domine le calcaire avec son fameux plateau qui ensuite laisse place à une vaste terrasse de graves silico-argileuses, puis à des côteaux parfaitement exposés mêlant argile et calcaire et enfin des sols sableux et des graves dans la vallée de la Dordogne.
Ici, le calcaire est présent partout, notamment au centre du village avec la fameuse église troglodyte creusée dans le sol ou encore toutes ses carrières desquelles on a extrait la pierre et qui ont servi de champignonnières et maintenant de cave de vieillissement pour le vin.
Sur tous ces sols, s’expriment différents cépages qui participent aux assemblages permettant de produire les vins de Saint-Emilion, tous rouges, puisqu’à Saint-Emilion, on ne fait que du vin rouge. Des assemblages dominés ici par le Merlot, un cépage précoce qui apporte de la rondeur, de la souplesse, complété par du Cabernet-Franc, qui apporte de l’acidité, une certaine tension, plus de structure, de la fraîcheur mais aussi du Cabernet Sauvignon et, beaucoup plus marginalement, du Malbec, du Petit Verdot et du Carmenère.
Evidemment, chaque château, en fonction de ses parcelles, de son histoire et de sa philosophie propose un assemblage, ou non, qui lui est propre.
Et il faut bien comprendre cette dichotomie à Bordeaux, Rive droite, c’est surtout le Merlot et éventuellement le Cabernet Franc, car ce sont des cépages qui préfèrent les sols frais et humides alors que le Cabernet-Sauvignon s’épanouit mieux sur les sols plus chauds de graves de la rive gauche.
Si le nom de Saint-Émilion évoque un village historique inscrit au Patrimoine Mondial de l’UNESCO, il compte aussi, depuis 1936, deux appellations d’origine contrôlée, entrelacéees, qui englobent 9 villages : Saint-Emilion, qui constitue l’épicentre du vignoble, Saint-Christophe-des-Bardes, Saint-Etienne-de-Lisse, Saint-Hippolyte, Saint-Laurent-des-Combes, Saint-Pey-d’Armens, Saint-Sulpice-de-Faleyrens, Vignonet et un petit bout de Libourne.
Et ces 2 AOC, ce sont Saint-Émilion et Saint-Émilion Grand Cru, à l’intérieur de laquelle on distingue les « Grand Cru classé » et les « Premier Grand Cru classé ».
Et cela nous mène donc au classement des crus de Saint-Emilion, un feuilleton à rebondissements démarré dans les années 50 et plus exactement en 1955 suite à l’autorisation de l’INAO de mettre en place un classement avec la particularité d’être revisable tous les 10 ans, contrairement au classement de 1855 des crus du Médoc. Mais dans les faits, ce n’est pas le cas, émaillé par des réclamations, des recours, etc…Depuis sa création, au final, ce classement a été revu six fois : en 1959, 1969, 1986, 1996, 2006, et 2012.
Puis en 2022, un nouveau classement fut rendu public, valable pour les récoltes 2022 à 2031 incluses, avec 85 châteaux classés, 14 Premiers Grands Crus Classés, dont 2 Premiers Grands Crus Classés A, Pavie et Figeac et 71 Grands Crus Classés. Ce classement ne concerne que les grands crus, il n’y a pas d’autres classements pour les vins de Saint-Emilion. Pas de classement non plus pour certains châteaux, comme Château Ausone, Château Cheval Blanc, Château La Gaffelière, Château Angélus, qui eux décidèrent délibérément de ne pas candidater, critiquant les critères d’évaluation fixés par la commission de classement.
Des critères qui prennent en compte différents points : la dégustation, qui reste la colonne vertébrale de la note finale, avec 50%, la notoriété pour 20%, l’exploitation et le terroir, pour 20% également et la conduite de l’exploitation pour 10% de la note finale.
Saint-Emilion, c’est aussi sa fameuse confrérie, la Jurade de Saint-Emilion. Son histoire remonte au 12ème siécle.
Lorsque Aliénor d’Aquitaine épousa Henri Plantagenêt, le futur Henri II d’Angleterre, la ville de Saint-Émilion fut rattachée à la couronne d’Angleterre, en même temps que la Guyenne.
En 1199, un statut particulier de juridiction est accordé à Saint-Émilion par Jean sans Terre (fils d’Aliénor d’Aquitaine) lors de la signature de la Charte de Falaise qui délègue des pouvoirs économiques, politiques et judiciaires, à des bourgeois, des notables et des magistrats pour la gestion et l’administration générale de la cité. La Jurade est donc amenée à surveiller la production et l’élaboration de vins « fins » et à gérer tous les sujets liés au vin. Mais elle est dissoute à la Révolution, avant de renaître tel le Phoenix en 1948 sous l’impulsion des viticulteurs locaux.
Aujourd’hui, il y a environ 700 viticulteurs qui prennent soin des 5450 ha exploités avec comme on l’a dit des châteaux mythiques mais aussi de plus petites exploitations qui méritent un peu d’attention. Bien sûr, les prix s’accordent avec la notoriété de chaque domaine mais il est possible de trouver des choses entre 20 et 30 euros sur des plus petits châteaux ou en allant chercher du côté des seconds vins voire, en quittant l’appellation, du côté des appellations qu’on appelle les satellites auxquels Saint Emilion prête généreusement son nom : Lussac Saint-Emilion, Puisseguin Saint-Emilion, Montagne Saint-Emilion et Saint Georges Saint-Emilion. Mais ça c’est une autre histoire.
Les Saint-Emilion sont en grande majorité des vins bien équilibrés, bien structurés, avec cette rondeur et ce soyeux qu’apportent le Merlot, des vins d’un belle richesse aromatique, dominée par les fruits rouges et fruits noirs mais également avec des notes de torréfaction, d’épices, quelques notes grillées.
Ce sont des vins qui accompagnent un bon repas, une belle pièce de viande de boeuf, du canard, de l’agneau ou des plats en sauce quand les jours plus frais arrivent. Bref, il y a comme toujours une multitude de combinaisons possibles pour profiter pleinement de ce nectar des Dieux, comme l’aurait appelé Louis XIV, avec modération bien sûr.


