Le Chardonnay, le cépage caméléon

Le Chardonnay, le cépage caméléon

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Aujourd’hui, c’est la première fois que nous allons consacrer un épisode entier à un cépage et quel cépage. Probablement le cépage blanc le plus célèbre de la planète, qui a traversé les continents, les climats et les cultures avec une facilité déconcertante. De la Bourgogne à la Californie, des vallées australiennes aux vignobles chiliens, il suffit de prononcer son nom pour évoquer immédiatement un vin blanc de qualité. Au point qu’il est probable, au moment où je parle, que quelqu’un sur la planète soit en train de commander un verre de Chardonnay.

L’histoire du Chardonnay commence en Bourgogne et d’ailleurs il tiendrait son nom d’un petit village du Mâconnais. La Bourgogne est clairement son royaume, on y fait probablement les plus grands vins blancs au monde, aux côtés vous le savez bien, du Pinot Noir. Le Pinot Noir dont il serait visiblement parent puisque des analyses génétiques ont révélé qu’il serait issu d’un croisement entre deux cépages : le Pinot Noir et le Gouais Blanc.

Au fil des ans, le Chardonnay a quitté doucement sa terre natale pour gagner, aux XVIIe/XVIIIe siècle, nos pays voisins comme l’Italie et l’Espagne. Puis avec les grandes migrations européennes, il débarque dans le Nouveau Monde, en Argentine, au Chili, en Afrique du Sud. Et partout, il s’enracine.

Aujourd’hui, on estime qu’il y a plus de 200 000 hectares de Chardonnay dans le monde, ce qui fait de lui le deuxième cépage blanc le plus planté de la planète, juste derrière l’Airen espagnol, que vous commencez à connaître si vous suivez mes podcasts.

Bref, il n’y a probablement pas un pays viticole sur terre où il n’y a pas de Chardonnay.

Car ce qui rend le Chardonnay si fascinant, c’est sa capacité extraordinaire à refléter son environnement.

Dans les climats frais, où il s’expriment le mieux, comme ceux de Chablis ou de la Nouvelle-Zélande par exemple du côté de Central Otago, il devient tendu et vif. On y retrouve des notes de pomme verte, de poire, de citron, d’agrumes, parfois même cette sensation minérale de craie ou de pierre à fusil qui évoque les sols calcaires bourguignons où il se plaît particulièrement.

Dans les régions plus chaudes, la Californie, l’Australie voire le Languedoc en France, il change totalement de visage. Il devient plus généreux, plus ample, plus solaire, plus gourmand. Les arômes basculent vers l’ananas, la mangue, la pêche mûre, parfois même la papaye.

Tout semble différent mais c’est bien le même cépage au point que certains parlent de lui comme d’un cépage caméléon.

Mais son incroyable capacité d’adaptation ne s’arrête pas au climat.
Lorsqu’il est élevé en cuve inox, sans contact avec le bois, le Chardonnay est un vin plus vif, plus ciselé, plus rafraîchissant. Lorsqu’il passe plusieurs mois en fût de chêne, le vin gagne en ampleur, en texture, en profondeur, avec des notes de vanille, de beurre frais, de pain grillé, de noisette, typique des grands Chardonnays de Bourgogne.

Et le Chardonnay est un immense vin de table et de gastronomie.
Un simple Chablis vif et minéral sera parfait avec des huîtres. Un Grand Cru ou un beau Chardonnay élévé en fût accompagnera merveilleusement une volaille à la crème, des poissons nobles ou de jolis crustacés. Un Chardonnay du Languedoc ou d’un pays ensoleillé, plus solaire et fruité, sera parfait avec un poisson grillé.
Et les accords semblent infinis : Poissons, crustacés, sushis, volailles, veau, fromages, foie gras, plats épicés, cuisine asiatique voire même des desserts aux fruits.

Et ce n’est pas tout, il a aussi une double casquette. Il peut être vinifié en vin tranquille, sec ou même doux, mais aussi avec des bulles. En Champagne, il règne en maître. Ce sont les fameux « Blanc de blancs », les Champagnes uniquement produits à partir de raisins blancs.

Morphologiquement, le Chardonnay donne de petites grappes compactes aux baies arrondies et à la peau fine, ce qui le rend particulièrement sensible aux maladies comme le mildiou.
Il affectionne particulièrement les sols calcaires, argileux ou sablonneux, qui façonnent profondément son identité gustative. C’est un parfait révélateur de terroir.

Chaque année, les amateurs du monde entier lui rendent hommage lors de la Journée Internationale du Chardonnay, célébrée le jeudi précédant le dernier lundi de mai.
Une journée entière dédiée à ce cépage, capable d’être à la fois accessible et complexe, populaire et prestigieux.

Le Chardonnay occupe une place à part dans l’univers du vin. Rarement un cépage aura su conjuguer avec autant de naturel élégance, diversité et capacité d’adaptation. Des sols calcaires de Bourgogne aux vignobles baignés de soleil de Californie, jusqu’aux terroirs frais de Nouvelle-Zélande, il restitue l’essence des terroirs avec une remarquable sincérité.

Caméléon du monde viticole, il se prête à toutes les interprétations : vif et minéral, ample et boisé, tendu ou généreux. Cette incroyable polyvalence lui permet non seulement d’exprimer une infinité de styles de vinification, mais aussi d’accompagner avec harmonie une grande diversité de mets. C’est cette richesse d’expression qui fait du Chardonnay un incontournable pour les amateurs de vin comme pour les gastronomes que nous sommes, avec modération bien sûr.

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