Le Spritz, star des terrasses

Le Spritz, star des terrasses

Bonjour à tous et bienvenue sur Pod’Vins, votre podcast 100 % vins, mais pas que, je suis Arnaud et je suis très heureux de vous retrouver pour un nouvel épisode. Aujourd’hui, nous allons parler d’un cocktail que l’on croise désormais sur toutes les terrasses, dès que les beaux jours reviennent. Un cocktail orange vif, légèrement amer, pétillant, devenu en quelques années un véritable phénomène mondial. Le Spritz.

On pourrait croire qu’il s’agit d’une création récente. Pourtant, son histoire remonte à plus de deux siècles et commence avec du vin blanc.

Nous sommes au début du XIXᵉ siècle. À cette époque, une grande partie de l’actuelle Vénétie appartient à l’Empire d’Autriche. Après le Congrès de Vienne de 1815, Venise et plusieurs provinces du nord-est de l’Italie passent sous domination autrichienne.

Les soldats, les fonctionnaires et les diplomates autrichiens découvrent alors les vins locaux. Mais ils les trouvent souvent trop riches ou trop alcoolisés à leur goût. Ils prennent donc l’habitude de les allonger avec un peu d’eau. Et en allemand, le verbe spritzen signifie « asperger » ou « pulvériser ». C’est de ce mot que naît le terme Spritz.

À cette époque, il ne s’agit pas encore d’un cocktail, mais simplement d’un verre de vin légèrement allongé d’eau, souvent de l’eau fraîche, puis plus tard de l’eau gazeuse lorsque celle-ci devient plus facilement disponible. Pendant plusieurs décennies, cette préparation reste très simple.

Il faut attendre le début du XXᵉ siècle pour voir apparaître les premiers bitters italiens. Parmi eux, deux vont marquer l’histoire du Spritz : Aperol, créé à Padoue en 1919 par les frères Barbieri, et Select, lancé à Venise en 1920 par la distillerie Pilla.

Peu à peu, ces liqueurs amères remplacent la simple eau dans de nombreux cafés de Vénétie.

Après la Seconde Guerre mondiale, l’utilisation des vins effervescents, notamment du Prosecco, se généralise. Le Spritz moderne est né.

Aujourd’hui, lorsqu’on parle de Spritz, on pense presque immédiatement à l’Aperol Spritz. Pourtant, en Vénétie, le mot Spritz désigne une véritable famille de cocktails.

Le point commun reste toujours le même : un vin effervescent, un bitter et de l’eau gazeuse. Mais la recette la plus connue est devenue celle popularisée par Aperol. Trois volumes de Prosecco, deux volumes d’Aperol et un volume d’eau gazeuse. Le tout servi sur glace, dans un grand verre, avec une tranche d’orange. Une recette simple, devenue célèbre grâce à la règle du « 3-2-1 ».

Mais derrière cette simplicité se cache un véritable équilibre. Le Prosecco apporte la fraîcheur, les bulles et les arômes de pomme, de poire et de fleurs blanches. L’Aperol offre ses notes d’orange douce, de rhubarbe et de plantes amères. Enfin, l’eau gazeuse allège l’ensemble et rend le cocktail particulièrement désaltérant.

Le choix du vin est d’ailleurs essentiel. Le Prosecco utilisé provient généralement de Vénétie ou du Frioul-Vénétie Julienne. Élaboré principalement à partir du cépage Glera, il possède une fraîcheur et une finesse qui conviennent parfaitement au Spritz.

Utiliser un autre vin effervescent reste possible, mais les Vénitiens vous diront souvent que le véritable Spritz se prépare avec du Prosecco.

Longtemps resté cantonné au nord-est de l’Italie, le Spritz commence à conquérir l’Europe dans les années 2000.

Le véritable tournant intervient en 2011, lorsque le groupe Campari lance une vaste campagne de communication internationale autour de l’Aperol Spritz. En quelques années seulement, il devient l’un des cocktails les plus consommés au monde. Aujourd’hui, il symbolise à lui seul l’art de vivre italien. Le fameux aperitivo.

Cette tradition consiste à se retrouver en fin de journée, entre amis ou en famille, autour d’un verre accompagné de quelques olives, de charcuteries, de fromages ou de petits amuse-bouches.

Le Spritz n’est donc pas seulement un cocktail. C’est un moment de convivialité. Une façon de ralentir le rythme avant le dîner. Une véritable institution sociale en Italie. Et depuis quelques années, les variantes se multiplient. Le Hugo Spritz, né dans le Tyrol du Sud, remplace le bitter par une liqueur de fleur de sureau. Le Campari Spritz offre davantage d’amertume. Le Spritz au Limoncello apporte une touche plus méditerranéenne.

Certains barmen utilisent même des bitters artisanaux ou des vins effervescents locaux pour revisiter ce grand classique.

Finalement, le Spritz raconte une belle histoire. Celle d’un simple verre de vin que des soldats autrichiens trouvaient trop puissant. Deux siècles plus tard, cette habitude est devenue l’un des cocktails les plus célèbres de la planète. Comme quoi, les plus grandes traditions naissent parfois des gestes les plus simples.

Quelle que soit votre recette préférée de Spritz, c’est bien sûr à consommer avec modération.

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