L’ascension des vins anglais

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L’ascension des vins anglais

Bonjour les amis, bienvenue sur Pod’Vins, votre podcast 100% Vins, mais pas que, je suis Arnaud, j’espère que vous allez bien, et aujourd’hui nous allons parler d’un vignoble assez méconnu et qui pourtant pointe le bout de son nez à la faveur du réchauffement de la planète, et ce vignoble, c’est celui d’Angleterre.

Il peut paraître curieux de parler de la production de vins en Angleterre étant donné la position très septentrionale de l’île britannique. Car vous le savez, les raisins ont besoin de chaleur et de soleil pour bien mûrir, d’une manière ou d’une autre. Soit parce qu’ils sont situés dans une région propice à la viticulture, je vous ai déjà parlé de cette Wine Belt entre le 35ème et le 50ème parallèle soit parce que localement, un certain nombre de facteurs très localisés favorisent leur bon développement. C’est par exemple les lacs profonds dans les Finger Lakes aux Etats-Unis.

Alors, tout ceci évolue bien évidemment avec le temps, et le réchauffement climatique, qui est une catastrophe dans certains pays, rend propice à la viticulture des régions situées plus au nord de l’Europe, comme l’Angleterre qui a enregistré 1,6 degré supplémentaire en 25 ans. La saison de croissance est aussi plus longue et permet donc d’obtenir des raisins plus mûrs et des niveaux de sucre plus élevés, ce qui se traduit par une teneur en alcool un peu plus élevée et des saveurs plus complexes.

Ceci dit, si la viticulture connaît un fort taux de croissance en Angleterre aujourd’hui, ne pensez pas que c’est un phénomène nouveau puisque ce sont les Romains qui l’ont introduite à l’époque et qu’elle a réussi à se développer jusqu’à maintenant.

Bien entendu, faire du vin, notamment pour le culte, et faire du bon vin, sont deux choses bien distinctes. Mais aujourd’hui, on peut dire que l’Angleterre arrive à produire des bouteilles de très bon niveau car les conditions climatiques deviennent plus favorables, particulièrement au Sud-Est et au Sud-Ouest du pays.

Et c’est de ça dont je vais vous parler aujourd’hui.

Le vin en Angleterre, aujourd’hui c’est 3200 ha, principalement situés dans le Sud du pays, dans 4 comtés : l’Essex au Nord de Londres, et au Sud, le Hampshire, le Sussex et le Kent. Et si le Kent est un peu le berceau viticole d’Angleterre, c’est le Sussex qui devint en 2022, c’est tout récent, une Appellation Contrôlée, une PDO, une “Protected Designation of Origin”.

La Grande-Bretagne dans son ensemble a un système d’appellation d’origine basé sur le modéle européen, avec des PDO qui correspondent aux AOP et des PGI qui correspondent aux IGP. Il est encore, disons, en construction car il n’existe que 4 PDO, England, Wales, Darnibole, un petit territoire de 5 hectares en Cournouailles, et donc Sussex. Et 2 PGI, des vins protégés d’indication géographique, English Regional Wine et Welsh Regional Wine.

Toutefois, il existe aussi des vignes dans une vingtaine de comtés et il est donc probable que ces listes évoluent dans les années à venir.

Comme sous tous les climats frais, l’Angleterre est surtout connue pour ses vins blancs, 90% de la production, produits à partir de cépages tels que le Chardonnay, le Pinot blanc, le Bacchus, un cépage allemand qu’on retrouve à Darnibole par exemple, le Seyval blanc, un hybride, ou encore plusieurs autres cépages allemands. Il y en a beaucoup.

Et on n’y produit pas n’importe quel vin blanc puisque ce sont les pétillants, les sparkling wines dans la langue de Shakespeare, qui mènent la danse et qui ont mis l’Angleterre sur la carte œnologique mondiale. Ils représentent environ 2/3 de ce qui sort des chais anglais et il y a vraiment de très belles choses, d’ailleurs régulièrement récompensées internationalement et qui peuvent être sans problème des alternatives à notre sacro Saint Champagne.

Car les vins effervescents anglais sont produits, comme nos Champagnes, selon la méthode traditionnelle, avec du Chardonnay, du Pinot Noir et du Pinot Meunier, 3 cépages qui représentent 45% de l’encépagement total du pays. Vous avez donc des Blancs de blanc élaborés avec le Chardonnay et des Blancs de noirs, avec les cépages noirs.

Parce qu’en effet, les climats et les sols, majoritairement calcaires avec des sous-sols crayeux, sont dans le Sud de l’Angleterre assez proches de ceux de la Champagne, donc finalement, il n’y a aucune raison que les anglais n’y arrivent pas.

De plus, en Angleterre, on fait également des vins rouges et des rosés, des vins plutôt légers mais la production reste quand même compliquée même dans le Sud du pays.

Ce qui reste compliqué également, c’est la gestion des événements météorologiques imprévisibles tels que les fortes pluies et les épisodes de grêle qui constituent une réelle menace pour les vignes, auxquels s’ajoutent la lutte contre les maladies et les parasites.

En Angleterre, on compte plus de 500 domaines, mais ça augmente chaque année, le prix du foncier est 20 fois moins cher qu’en Champagne et ils sont en général de petites tailles. Alors je peux vous en citer quelques uns comme Gusbourne, Ridgeview, Coates & Seely, Balfour, Langham Wine Estate, etc..

Depuis toujours, les anglais sont de gros consommateurs de vin et sont même depuis plusieurs décennies les premiers importateurs de Champagne au Monde. Oui mais voilà, l’amélioration de la qualité de leurs vins effervescents, favorisée par le rechauffement climatique comme on l’a dit, et le Breixit, qui renchérit le prix des vins importés et rend donc les vins locaux plus attractifs, font que nos amis anglais consomment de plus en plus localement. Alors certes, pas de quoi inquiéter les vignerons champenois mais l’engouement pour leurs pétillants est une réalité qui leur offre de belles perspectives.

Mais un autre défi est d’imposer les sparkling wines sur les tables des autres pays et de se forger une réputation internationale face aux concurrents que sont également les Cavas espagnols ou les Proseccos italiens. Autant dire qu’il reste encore un peu de boulot mais attention, gardons un œil sur les vins anglais mais rien n’empêche de les goûter dès maintenant, avec modération bien sûr.

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