Bonjour à tous et bienvenue sur Pod’Vins, votre podcast 100 % vins, mais pas que,
je suis Arnaud, ravi de vous retrouver une fois de plus. Avant de commencer ce nouvel épisode, j’en profite pour vous rappeler de vous abonner si ce n’est pas déjà fait et que vous pouvez retrouver toutes les transcriptions des épisodes précédents sur pod-vins.com.
Aujourd’hui, on attaque un immense classique. Un duel de titans. Deux visions du vin qui fascinent le monde entier depuis des siècles. Bordeaux face à la Bourgogne. Deux régions mythiques. Deux styles. Deux cultures. Deux manières de penser le vin.
Et entre les deux, une rivalité discrète mais permanente, presque élégante, comme un vieux débat français que personne ne veut vraiment trancher.
Car tout semble les opposer.
D’un côté, Bordeaux : ses grands châteaux, ses allées majestueuses, ses propriétés immenses, son image aristocratique.
De l’autre, la Bourgogne : des villages plus modestes, des caves discrètes, des domaines familiaux parfois minuscules, où quelques rangs de vigne suffisent à produire un vin recherché dans le monde entier.
Mais cette opposition va bien au-delà du décor.
Elle commence déjà avec la géographie.
Bordeaux regarde vers l’Ouest et l’Atlantique. La Bourgogne, elle, s’étire vers l’Est, autour de Beaune et de la Côte d’Or. Les deux régions se trouvent pourtant à des latitudes relativement proches : environ 44 degrés nord pour Bordeaux, 47 pour Beaune. Elles gravitent autour du fameux 45ème parallèle, cette zone souvent considérée comme idéale pour produire de grands vins.
Mais malgré cette relative proximité, les climats sont profondément différents.
À Bordeaux, le climat est océanique. L’Atlantique apporte de la douceur, des hivers relativement tempérés et une humidité importante. Le vignoble vit véritablement au rythme de l’influence maritime.
En Bourgogne, le climat devient continental. Les saisons y sont plus marquées, les hivers plus froids, les écarts de température plus importants. Les gelées, les orages ou la grêle peuvent y être redoutables. Et cette différence climatique façonne directement les vins.
Les sols aussi racontent deux histoires distinctes.
Bordeaux repose essentiellement sur ces fameuses graves, ces sols caillouteux capables d’emmagasiner la chaleur et de la restituer aux vignes. Mais, on trouve également des zones argileuses, notamment sur la rive droite, ou calcaires.
En Bourgogne, c’est le calcaire qui domine. Un calcaire complexe, parfois mêlé d’argile, qui joue un rôle fondamental dans la finesse et la minéralité des vins.
Et forcément, avec des terroirs aussi différents, les cépages ne peuvent pas être les mêmes.
À Bordeaux, les rouges s’appuient principalement sur le Cabernet Sauvignon, le Merlot et le Cabernet Franc. On y ajoute parfois du Petit Verdot, du Carmenère ou un peu de Malbec.
La Bourgogne rouge, elle, tourne entièrement autour d’un seul roi : le Pinot Noir.
Même chose pour les blancs.
À Bordeaux, on retrouve surtout le Sauvignon Blanc, le Sémillon et la Muscadelle.
En Bourgogne, c’est bien sûr le Chardonnay qui règne sans partage.
Et c’est ici qu’apparaît peut-être la plus grande différence entre ces deux univers. Bordeaux est le royaume de l’assemblage. La Bourgogne est le royaume du monocépage.
À Bordeaux, on assemble plusieurs cépages pour construire l’équilibre du vin. Le Cabernet apporte la structure, le Merlot la rondeur, le Cabernet Franc la finesse aromatique, et chaque année, les proportions peuvent changer selon le millésime. L’objectif est clair : produire des vins équilibrés, réguliers et capables de traverser le temps.
En Bourgogne, la logique est totalement différente. Le vin doit exprimer un lieu précis, un terroir précis, une parcelle précise. C’est pour cela que la Bourgogne est découpée en une multitude de “climats”, c’est-à-dire de parcelles. Chaque climat possède son nom, son identité, son exposition, son sol, son histoire. Et ce sont ces parcelles qui sont classées en Premier Cru ou en Grand Cru. Peu importe le propriétaire : un Grand Cru reste un Grand Cru.
À Bordeaux, le raisonnement est presque inversé. Le prestige repose d’abord sur le château. Le château est une marque. Une signature. Les parcelles peuvent évoluer, s’agrandir, être rachetées et intégrées au domaine sans changer le classement de la propriété. Du coup, il n’existe pas de classement de parcelles mais de château comme celui de 1855. Aussi, les vignes d’un banal château peuvent devenir artificiellement “grand cru classé” en étant achetées par un château qui lui, est classé.
A Bordeaux, le producteur est mis en avant, en Bourgogne, c’est avant tout la parcelle.
Cette situation a des raisons historiques.
Bordeaux a été façonné par le commerce. Cela commence en 1152, lorsque Aliénor d’Aquitaine épouse Henri II d’Angleterre. Bordeaux devient alors un immense port d’exportation vers le monde anglo-saxon et le “claret” bordelais, comme on l’appelait alors, devient le vin favori de l’Angleterre médiévale. Le vignoble se développe alors autour des marchands, des négociants, de la noblesse, et de la bourgeoisie, française, anglaise mais aussi hollandaise. Pour satisfaire ces marchés internationaux, Bordeaux doit produire des vins réguliers, fiables et reproductibles. L’assemblage devient donc une solution idéale pour corriger les variations climatiques d’un millésime à l’autre.
La Bourgogne, elle, suit une trajectoire totalement différente. Pendant des siècles, les moines bénédictins puis cisterciens observent minutieusement leurs vignes. Ils cartographient les parcelles, étudient les sols, les expositions, les comportements des raisins. Petit à petit naît la conviction que chaque parcelle possède une personnalité unique. C’est ainsi qu’est née la notion de climat bourguignon. Et cette philosophie explique pourquoi la Bourgogne cherche moins à produire un style constant qu’à révéler l’identité d’un lieu précis.
Au final, Bordeaux produit environ 80 % de vins rouges. En Bourgogne, les rouges représentent environ 40 %, laissant une place immense aux grands blancs, sans aucun doute les meilleurs au monde.
Les rouges bordelais sont généralement plus puissants, plus structurés, plus tanniques.
On y retrouve des notes de cassis, de mûre, parfois de cèdre, de chocolat, avec des élevages boisés souvent marqués. Ce sont des vins bâtis pour le vieillissement.
En Bourgogne, le style est plus aérien, plus précis, plus subtil, plus fin. Les Pinot Noir développent des arômes de cerise, de framboise, de rose, d’épices douces, de sous-bois avec le temps. L’acidité y joue un rôle essentiel et apporte de la fraîcheur, de la tension et de l’élégance.
On oppose donc souvent la puissance bordelaise à la finesse bourguignonne. Même si, évidemment, les grands vins des deux régions dépassent largement ces clichés et les exceptions sont évidemment très nombreuses.
Autre différence majeure : la taille. Bordeaux est gigantesque. Avec plus de 110 000 hectares, c’est l’un des plus grands vignobles de France, représentant environ 20 % du vignoble national. La Bourgogne, elle, dépasse à peine les 30 000 hectares.
Enfin, même la distribution des vins révèle cette opposition historique. À Bordeaux existe un système unique : les primeurs. Mis en place dès le XVIIIe siècle, il permet aux propriétés de vendre leurs vins très tôt, parfois près de deux ans avant la mise en bouteille. Les châteaux sécurisent ainsi leur trésorerie grâce aux négociants qui jouent un rôle majeur et central sur la place de Bordeaux.
En Bourgogne, les négociants existent aussi, mais beaucoup sont également viticulteurs. Ce n’est pas tout à fait la même notion. Certains domaines achètent aussi du raisin ou des moûts pour compléter leurs volumes et deviennent à ce titre négociants.
A Bordeaux, les volumes sont importants et les bouteilles relativement disponibles, si pour certaines, on est prêt à en payer le prix. En Bourgogne, les bouteilles se font souvent plus rares voire introuvables, sauf pour ceux qui ont la chance d’être allocataires des domaines et à qui on assure un certain nombre de bouteilles chaque année.
Ainsi, vous l’avez compris, Bordeaux et la Bourgogne sont deux mondes à part, deux visions du vin héritées des siècles précédents. À Bordeaux, le prestige vient historiquement du domaine, du château et de sa puissance commerciale. En Bourgogne, le prestige vient du terroir avant tout et du vigneron capable de le sublimer.
Bordeaux cherche souvent l’équilibre, la structure, la constance. La Bourgogne, la finesse, l’expression du terroir, la compléxité aromatique. Quelque chose de plus subtil.
Les vins de Bordeaux sont souvent plus accessibles pour les néophytes, plus simples à comprendre en quelques sortes alors que les vins de Bourgogne nécessite souvent un peu plus de pratique.
Loin de moi l’idée de vous dire quel vignoble est le meilleur. Comme souvent, c’est une affaire de goût. Personnellement, le mien penche sans hésitation vers la Bourgogne pour qui je vous une passion sans limite, si ce n’est celle de mon portefeuille car malheureusement les prix des grands vins de Bourgogne sont aujourd’hui à des niveaux stratosphériques qui les rendent pour beaucoup impossibles à déguster. Les grands crus de Bordeaux, mis à part quelques uns, restent relativement accessibles.
Quoiqu’il en soit, nous avons la chance d’avoir deux vignobles magnifiques qui nous proposent des choses différentes, de très haute qualité et nous n’allons pas nous en plaindre. Après, chacun voit midi à sa porte, mais avec modération bien sûr.


