Bonjour les amis, bienvenue sur Pod’Vins, votre podcast 100% Vins, mais pas que, je suis Arnaud, j’espère que vous allez bien, et on se retrouve aujourd’hui pour un épisode de Pod’Vins Story, un programme dans lequel je vous fait un focus sur un domaine, français ou étranger, parce que j’en apprécie les vins mais aussi la vision, la philosophie du ou des vignerons.
Aujourd’hui, je vous emmène au cœur du Val de Loire, dans une terre où l’histoire, la nature, la gastronomie et le vin cohabitent depuis des siècles, et plus précisement
du côté de cette magnifique appellation de Chinon, chère à François Rabelais, l’enfant du pays, qui ne cessa d’en chanter les louanges dans ses écrits, renforçant encore un peu plus sa renomée depuis le 16ème siècle.
D’ailleurs nous allons parler d’histoire aujourd’hui, la grande Histoire de nos ancêtres mais aussi celle d’une famille qui a réussit, à force de travail et d’abnégation, à hisser son vignoble au firmament de l’appellation. Ce domaine, c’est le domaine Grosbois.
Chinon et l’Histoire sont intimement liés depuis l’époque gallo-romaine, la ville est aussi célèbre pour sa forteresse royale, mais Chinon, aujourd’hui, c’est surtout un très grand vignoble, profondément enraciné dans le Val de Loire et qui se développa à la faveur de sa position stratégique au carrefour de voies fluviales importantes. Il s’étend sur 26 communes d’Indre-et-Loire, de part et d’autre de la Vienne, un affluent de la Loire. L’eau, ici, joue d’ailleurs un rôle important puisque la Vienne, la Loire et l’Indre, sont trois cours d’eau qui ont modelé le climat et le paysage de l’aire d’appellation en façonnant les coteaux et les rebords des plateaux, et en y déposant leurs alluvions.
Et parmi ces communes, il y a Panzoult, à quelques kilomètres à l’Est de Chinon, sur la rive droite de la Vallée de la Vienne, fief de la famille Grosbois depuis le début du 19ème siècle. Le domaine est une ancienne ferme fortifiée, sur le lieu-dit du Pressoir, où depuis le 15ème siècle, on y cultive des céréales à l’intérieur d’un clos de 50ha, qui malheureusement fut détruit dans les années 60, à une époque où la réforme agraire attribuait plus de valeur à la terre qu’au bâti.
Si les murs ont disparu, d’ailleurs un projet est en cours pour les reconstruire de manière végétale, les différentes parcelles de la propriété n’ont jamais vraiment disparu. Il y en a 19 aujourd’hui, réparties sur les 20 hectares de vignes exploités par Nicolas et Sylvain Grosbois. Mais pas que…Le domaine, c’est aussi 40ha de céréales, 10ha de prairies, des arbres fruités, des vaches, des cochons, des abeilles, un potager, car pour les frères Grosbois, la viticulture s’inscrit dans un cadre beaucoup plus large, une polyculture vertueuse qui profite à l’environnement dans son ensemble et le valorise.
À Chinon, plus de 80 % de la production des vins est rouge, dominée par l’emblématique Cabernet Franc, appelé localement Breton. Pourquoi “Breton” ? Probablement parce qu’autrefois, les plants transitaient par le port de Nantes, historiquement rattaché à la Bretagne.
Et le Cabernet Franc est un cépage facétieux, diffcile à dompter. On lui reproche souvent sa dureté, ses tannins rugueux, parfois un côté végétal un peu marqué.
Oui mais voilá, en viticulture, tout est affaire d’Homme et de terroir. Et le domaine Grosbois jouit d’un terroir parfaitement adapté au Cabernet Franc. Des vignes à flanc de coteaux, exposées Sud, avec des sols sablo-argileux sur un socle de tuffeau jaune, alors qu’il est plutôt blanc du côté de Saumur.
Ce tuffeau, qu’on appelle le millarge, ce sont des sédiments calcaires avec de nombreuses traces de coquillages, datant de l’époque où ici il n’y avait que de l’eau, il y a 90 millions d’années. Un sol riche en fer, qui donne cette couleur jaune au tuffeau, mais surtout riche en silice. Et la présence de silice dans le sol est le facteur essentiel pour mener le Cabernet-Franc à parfaite maturité car elle emmagasine la chaleur le jour pour la restituer aux vignes lorsque la température est plus fraîche. Voilà le secret d’une parfaite maturité du Cabernet-Franc.
Et au cœur du clos historique du domaine Grosbois, une micro-parcelle : Clôture. Soixante ares plantés en 1910, où survivent des vignes âgées de 115 ans, issues d’un matériel végétal préphylloxérique planté sur les tout premiers porte-greffes américains, et qui sert aujourd’hui de vignes mères pour les sélections massales du domaine.
Clôture est une des nombreuses cuvées du domaine, au côté de Gabare, Glacière, Clos du Noyer et Montet, qui est la seule cuvée élevé en fût d’un vin, le reste ne voyant que la cuve béton, simplement parce que les vignes de Montet sont sur une dalle calcaire un petit peu plus acide. Au Domaine Grosbois, on prend en quelques sortes ce que la Nature nous donne.
A cela s’ajoute un blanc en IGP Touraine-Azay le Rideau, plusieurs cuvées de négoce, que ce soit à partir de raisins de la région, comme Cuisine de ma mère et Extra-ball, ou de Gaillac, où Nicolas vinifie avec succès plusieurs cépages locaux, et Les Hauts-Baigneux, un autre domaine exploité par Nicolas Grosbois près Azay le Rideau.
Tout le domaine est certifié bio, comme plus de la moitié des domaines sur Chinon, Chinon est une appellation très respectueuse de l’environnement, et labellisé Demeter en biodynamie depuis 2019. Mais pour les frères Grosbois, la biodynamie n’a de sens que dans un ensemble cohérent et harmonieux. Et cet ensemble, c’est la polyculture comme on l’a dit, qui, dans cet environnement rural et chargé d’histoire, s’est imposée comme une évidence. Car elle crée un équilibre, une diversité, et surtout favorise la vie. Les céréales nourrissent le cheptel. Les animaux fertilisent les sols. Les prairies côtoient les vignes. La forêt borde les parcelles. Les arbres fruités nourissent les sols et les abeilles se chargent du reste. Un écosystème complet, pensé comme un îlot agronomique cohérent, ou tout simplement, comme l’aime à dire Nicolas Grosbois, une ferme à l’ancienne.
Et sa philosophie est bien plus profonde puisqu’il ne conçoit pas la viticulture de manière différente. Une démarche pleine de bon sens qui consiste à s’adapter à son environnement sans chercher l’inverse, à planter autre chose que de la vigne sur son matériel viticole tel que le faisaient nos ancêtres, unique moyen selon lui de relever les défis qui s’imposeront à notre planète dans les années à venir.
Et pour les jeunes vignerons qui nous écoutent, le message est clair : ça fonctionne très bien. Le domaine vit en harmonie parfaite avec son environnement et cela se ressent dans les vins. J’ai eu dernièrement l’occasion de goûter deux cuvées, Gabare et Clôture et je dois avouer avoir été charmé par cette belle expression fruité du Cabernet-Franc, parfaitement mûr, soyeux, avec un équilibre impeccable.
Vous l’aurez compris, Nicolas et Sylvain Grosbois sont portés par leur passion, un travail artisanal méticuleux, à la vigne comme au chai. Un travail de paysan, avec tout ce que ce mot a de plus noble, qui leur permet, grâce à leur équipe, de “réimaginer la campagne” de leurs ancêtres. Ils en ressort une belle diversité de cuvées allant de vins fruités et accessibles aux expressions les plus complexes et profondes de leurs terroirs.
Si vous souhaitez aller à leur rencontre, des visites sont organisées, et je pense que vous l’avez compris, ce n’est pas une simple visite de cave mais tout un voyage initiatique. Vous pourrez aussi vous arrêter manger à la table du Pressoir pour goûter tous les produits du domaine à partir du mois de mai.
Voilá les amis, j’espère vous avoir donné envie de vous intéresser à ce domaine, que ce soit pour ses vins de très haut niveau comme pour son projet d’ensemble et si vous les connaissez ou aller les voir, n’hésitez pas à me faire un retour pour me dire ce que vous en avez pensé, et ça, c’est sans modération.


