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Aujourd’hui, je vous propose de parler de l’un des cépages les plus emblématiques d’Afrique du Sud, son seul cépage véritablement autochtone, puisque la viticulture sud-africaine utilise très largement les cépages internationaux. Vous en avez peut-être déjà entendu parler, si vous êtes fidèle à mes podcasts, c’est le Pinotage.
Le Pinotage, c’est un cépage noir créé par Abraham Perold en 1925, alors chercheur de l’université de Stellenbosch, dans le Western Cape. Il s’agit d’un croisement entre deux Vitis Vinifera, le Pinot Noir, cultivé majoritairement en Bourgogne comme vous le savez, et le Cinsault, présent dans tout le bassin méditerranéen et appelé localement Hermitage. D’où le mot « Pinotage », contraction des mots Pinot et Hermitage.
A l’époque, cela n’intéresse pas grand monde. Si bien que lorsque Perold change de poste quelques années plus tard, les plants sont délaissés. Mais un jeune universitaire, le Dr Charlie Niehaus, sauvent les quelques plants in extremis et les replantent à Stellenbosch.
C’est dans les années 1940 que le Pinotage commence à s’implanter dans les vignobles sud-africains car son potentiel attire rapidement l’attention. Des domaines célèbres comme Uiterwyk (aujourd’hui DeWaal), Bellevue, Kanonkop et Meerendal le plantent avec un certain succès.
En 1959 et en 1961, Bellevue et Kanonkop remportent même le prestigieux Trophée Général Smuts au Concours National des Jeunes Vins, confirmant le Pinotage comme cépage de grande qualité.
Puis la période entre les années 80 et 2000 marque l’âge d’or du Pinotage qui acquiert une renommée internationale. D’autant qu’en 1991, à Londres, un Pinotage de Kanonkop remporte le trophée du meilleur vin rouge au concours international des vins et spiritueux.
Alors pourquoi crée ce cépage?
Le raisonnement est simple : le Pinot noir donne des vins fins avec de merveilleuses qualités organoleptiques, le Cinsault possède une grande capacité de productivité et est un cépage robuste. Au final, un cépage à la fois résistant, capable de s’adapter au climat, élégant et productif, c’est la combinaison parfaite.
Le Pinotage peut être vinifié en rouge, rosé mais il peut être aussi utilisé pour faire le fameux champagne sud-africain appelé Cap Classique.
Il produit des vins aux arômes de fruits rouges sous climat frais mais de fruits noirs dans les régions plus chaudes, avec des notes épicées, poivrées et fumées. Avec le temps, sa palette aromatique dévie vers des notes de cuir, de viande fumée et de chocolat.
Il se marie bien avec les viandes grillées, l’agneau rôti, le bobotie, un ragoût d’agneau, certains fromages voire même du chocolat pour les millésime plus ancien.
Aujourd’hui, on le retrouve dans beaucoup de grands pays viticole du Nouveau Monde, en Californie, au Canada, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Cépage très productif, il est capable du meilleur comme du pire. Des vins de très basse qualité s’il est soumis à des rendements élevés et des vins de très haut niveau s’il est cultivé et vinifié par des vignerons et des domaines précautionneux comme Beyerskloof Kriekbult & Diesel, De Waal Top of the Hill ou bien sûr Kanonkop.
Il est même très intéressant en assemblage avec d’autres cépages, comme le Cabernet Sauvignon, le Merlot et même la Shiraz, pour donner naissance aux fameux «Cape Blend» sud-africains.
Avec 7000 ha plantés, le Pinotage ne représente pas plus que 6% de l’encépagement sud-africain mais il est devenu un symbole national et un ambassadeur du savoir-faire viticole du pays à travers le monde. Bien fait, il constitue une magnifique alternative pour sortir des sentiers battus, avec modération bien sûr.


