Les secrets de la bouteille

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Les secrets de la bouteille

Bonjour les amis, bienvenue sur Pod’Vins, votre podcast 100% Vins, mais pas que, je suis Arnaud, j’espère que vous allez bien et je vous rappelle tout d’abord que vous pouvez suivre toute l’actu de Pod’Vins sur le site pod-vins.com.

Aujourd’hui, nous n’allons pas parler de vins mais des bouteilles et notamment de leur format. Car elles sont passées dans l’usage courant et font partie de notre quotidien mais sait-on par exemple pourquoi elles ont une capacité de 75 centilitres. Et bien c’est ce que je vais vous expliquer dans ce podcast.

Au XIXe siècle, les négociants britanniques étaient les principaux importateurs de vins français. Le problème, c’est qu’à cette époque, les français utilisaient le litre comme unité de mesure, mais les Anglais utilisaient le gallon impérial, qui équivaut à 4,54609 litres. Autant dire que trouver un système de conversion pour faciliter les échanges était particulièrement compliqué.

Du coup, du côté de Bordeaux, on décida de transporter les vins vers l’Angleterre en fûts de 225 litres (en Bourgogne, les fûts, qu’on appelle des pièces, font 228 litres). Et c’était beaucoup plus pratique car cela 225 litres correspond pile poil à 50 gallons. Et 225 litres ou 50 gallons, c’est exactement 300 bouteilles de…75 centilitres bien sûr. Et voilà comment la bouteille de 75 centilitres devint la norme.

Et ce n’est pas tout, un gallon, soit 4,5 litres, c’est exactement 6 bouteilles de 75 centilitres. Et voilà comment on en vint à vendre également le vin en carton de 6 ou 12 bouteilles.

Si 75 centilitres est le format le plus courant pour une bouteille de vin, vous savez évidemmnent qu’il existe d’autres formats. Et il en existe même beaucoup, allant de 10cl à 30 litres. Bien que la législation européenne ait fixé 8 catégories officielles pour les vins tranquilles : 10cl, 18,7, 25, 37,5, 50, 75cl, 1 litre et 1,5 litre.

Au-delà, ce sont des bouteilles exceptionnelles, prestigieuses, et il semble que ce soit les champenois qui aient les premiers donné des noms particuliers à ces bouteilles. Des noms mémorables, associés à la grandeur, au pouvoir et à la longévité. Et quoi de mieux que des noms bibliques, des noms de rois, de patriarches, pour exprimer ce prestige. C’est ainsi qu’aujourd’hui vous avez le Jeroboam pour 3 litres, le Réhoboam, le Mathusalem, le Salmanazar, le Balthazar, le Nabuchodonosor, le Melchior ou le Salomon et le Melchizedek avec ses 30 litres.

Le Melchizedek est donc officiellement la plus grande bouteille de vin qui existe. En fait, pas tout à fait, la plus grande bouteille de vin inscrite au Guinness Book des Records contenait 3094 litres, mesurée en Suisse en 2014. Cette bouteille de vin géante mesurait 4,17 mètres de haut et 1,21 mètre de diamètre.

Et mettre le vin dans une bouteille plus petite ou plus grande, ce n’est pas qu’une question commerciale ou marketing. En effet, la taille d’une bouteille de vin conditionne sa bonne conservation. Pourquoi ?
La première raison, c’est que le vin déteste les variations de température. Et la température extérieure se diffuse à l’intérieur de la bouteille via les parois en verre. De ce fait, plus la bouteille est grande, plus le vin mettra du temps à changer de température.

La deuxième raison, c’est que le volume d’air sous le bouchon est à peu près le même dans une bouteille et dans un magnum. Mais dans un magnum, cette quantité d’oxygène est “diluée” dans deux fois plus de vin, ce qui permet une oxydation plus lente.

Enfin, le vin évolue grâce à de micro-échanges d’oxygène à travers le bouchon. Et plus la bouteille est grande, moins ces échanges ont un impact important par litre de vin.

C’est pourquoi au final, il est recommandé de privilégier les magnums de vin si vous voulez conserver du vin.

Mais revenons quelques années en arrière et notamment au début du 17ème siècle, date à laquelle un certain Sir Digby, un aristocrate anglais, inventa la bouteille en verre moderne. Avant lui, on savait depuis le 4ème siècle faire des bouteilles en verre, mais des bouteilles fragiles, soufflées à la main, irrégulières et pas forcément étanches. Grâce à Sir Digby, le vin allait désormais pouvoir être conservé et les bouteilles être couchées, bouchées hermétiquement avec du liège et résistées à la pression pour y mettre du Champagne par exemple.

Et cette bouteille, elle est de couleur foncée, verte ou brune, et elle a un fond creux. Mais vous êtes-vous déjà demandé pourquoi?

Et bien c’est simple, le fond creux de la bouteille, qu’on appelle la « piqûre », assure sa stabilité lorsqu’elle est posée.

Quant à la couleur, elle permet de bien conserver le vin qui est sensible aux rayons ultraviolets et à une exposition prolongée à la lumière. Et si elle est verte, c’est une question de chimie. Le sable utilisé pour fabriquer le verre est riche en impuretés de fer, notamment en oxyde de fer. Au contact de très hautes températures, l’oxyde de fer absorbe les rayons rouges, donnant au verre sa couleur verte.

Derrière un objet aussi familier qu’une bouteille de vin se cache en réalité une histoire riche, mêlant commerce international, innovations techniques et savoir-faire ancestral. Du choix du format de 75 centilitres aux noms majestueux des grandes bouteilles, rien n’est vraiment pur hasard.

Chaque taille répond à des contraintes pratiques, mais aussi à des enjeux de conservation et de vieillissement du vin, ce qui fait que la bouteille n’est donc pas qu’un simple contenant : elle influence directement l’évolution et la qualité du vin et in fine le plaisir de dégustation. J’espère que désormais vous regarderez vos bouteilles autrement et que vous aurez une pensée pour tous ces hommes et ces femmes qui nous permettent aujourd’hui de pouvoir déguster nos bouteilles de la meilleure des façons, avec modération bien sûr.

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