Bonjour les amis, bienvenue sur Pod’Vins, votre podcast 100% Vins, mais pas que, je suis Arnaud, j’espère que vous allez bien, et c’est parti pour un nouvel épisode que vous pourrez retrouver, je vous le rappelle, sur le site pod-vins.com avec sa transcription.
Aujourd’hui, nous allons aborder un sujet d’histoire qui a marqué les Etats-Unis au debut du siècle dernier et qui nous intéresse, nous amateurs de vins, c’est la prohibition.
La prohibition est une période d’interdiction officielle, de fabriquer, d’importer, de vendre ou de transporter des boissons alcoolisées aux États-Unis, instaureé par le 18e amendement de 1920 à 1933. Alors, le contrôle de la vente d’alcool n’est pas le fait uniquement de nos amis américains, c’est arrivé en Russie, en Suède, en Norvège, en Ecosse, au Canada mais c’est bien des Etats-Unis dont il sera question dans cet épisode parce que lorsque l’on pense à la prohibition, on pense bien sûr à l’Amérique, ses gangsters, ses flics corrompus ou incorruptibles et toutes les histoires que l’on a pu voir dans de nombreux films sur le sujet.
Ainsi, l’idée de ce podcast, c’est de comprendre comment on en est venu à cette interdiction et quelles ont été ses conséquences à court et plus long terme.
La prohibition trouve ses racines dès le début du XIXème siècle avec l’émergence aux États-Unis d’un mouvement engagé dans la lutte contre l’alcoolisme, un mouvement de « tempérance » comme on l’a appelé, et qui va devenir de plus en plus actif. L’alcool est associé à la pauvreté des classes ouvrières, le salaire passe souvent dans la boisson, au désordre, à la délinquance, aux violences conjugales, aux problèmes sociaux, etc… Bref, l’alcool est accusé, souvent à juste titre, de tous les maux.
Du coup, certains états, notamment du Nord, dès 1846, imposent la prohibition sur leur territoire, si bien qu’en 1916, la prohibition de l’alcool concerne 26 des 48 états américains de l’époque. Ce sont les fameux “dry states”, les états secs par opposition aux “wet states”, les états humides qui tolèrent la vente d’alcool.
Et ce mouvement de tempérance, il fut porté tout d’abord par les féministes, notamment les femmes de classe moyenne blanche au sein de l’Association chrétienne des femmes pour la tempérance (WCTU), qui militait également pour le droit de vote femmes qu’elles obtinrent d’ailleurs en 1920 en même temps que l’interdiction de l’alcool. Et je ne résiste pas à vous mentionner le slogan de cette association : « Les lèvres qui toucheront de l’alcool ne toucheront pas les nôtres ».
Les féministes trouvèrent également un appui de poids auprès d’organisation comme l’Anti-Saloon League soutenues par des groupes religieux ou des communautés puritaines, qui entendaient lutter contre l’alcoolisme, la prostitution et la pornographie, notamment à l’intérieur des saloons justement, clairement identifiés, comme les bars ou les boìtes de nuit comme des lieux de débauche. La lutte contre l’alcoolisme deviendra alors une véritable revendication politique. D’autant que la toile de fond de tout ça, ce sont les Roaring twenties, les années folles, où, au sortir de la guerre, les américains souhaitent s’amuser et profiter de la vie.
Mais ce n’est pas tout. Tout cela s’appuya sur un sentiment anti-immigration extrêmement fort, dans lequel la loi de prohibition trouva une partie de sa raison d’être. En fait, l’Amérique faisait face depuis de nombreuses années à des vagues importantes d’immigrants venus d’Europe (Italiens, Irlandais, Russes, etc…), catholiques ou juives, une immigration qui pour beaucoup d’américains favorables aux valeurs des WASP, était synonyme de délinquance et de méfiance.
Ainsi, en janvier 1919, le 18ème amendement à la Constitution, complété l’année suivante par le Volstead Act, généralisa à l’ensemble de l’Union la prohibition d’alcool supérieure à un demi-degré, donc également le cidre et la bière, à la grande surprise de beaucoup d’américains qui ne s’attendaient peut-être pas à ce que la bière soit concernée. Tout cela, exception faite des breuvages médicaux, du vin pour la messe ou pour les boissons concoctées à la maison puisque la loi n’interdisait pas la consommation d’alcool chez soi. D’ailleurs, dans les trois mois précédant la mise en vigueur de l’amendement, plus de 140 millions de bouteilles de vin se sont vendues dans tout le pays.
Alors quelles ont été les conséquences de la prohibition? Bon, je ne vais pas maintenir le suspens mais les effets ont été désastreux comme vous le savez.
La première conséquence, la plus évidente, fut l’augmentation de la criminalité et le développement supersonique du crime organisé, des trafics, des assassinats, du racket et la prolifération de dizaines de milliers de bars clandestins qu’on appellait des “Speak Easy”. La prohibition n’a pas créé le crime organisé mais a favorisé grandement son expansion.
A Chicago et New York notamment, les réseaux mafieux, souvent issus des milieux ethniques qui venaient d’arriver aux Etats-Unis, italiens, juifs d’Europe de l’est, irlandais, comme celui du célèbre Al Capone, se mirent en place : trafic d’alcool, drogue, prostitution, jeux d’argent et j’en passe.
La deuxième conséquence, c’est la corruption. Malgré l’existence de policiers incorruptibles, comme les équipes d’Eliott Ness, beaucoup fermaient les yeux sur ces activités illégales. Mais sont également concernés les juges, les politiciens jusqu’aux plus hautes autorités du pays, tous grassement payer pour me pas gêner ces trafics.
Ensuite, immanquablement, le marché fut inondé d’alcool de contrebande souvent coupé avec des substances toxiques causant un nombre incalculables de maladies et de décès.
Enfin la dernière conséquence et non des moindres fut l’effondrement des recettes fiscales et la perte de milliards de dollars de taxes sur l’alcool.
Ainsi au début des années 30, il y avait de plus en plus d’opposants à la prohibition avec des arguments solides : l’inefficacité de la loi, la limitation des libertés individuelles, le manque à gagner sur les taxes pour le gouvernement sans compter sur le chômage qui déboucha sur une crise économique majeure et la Grande Dépression.
En avril 1933, le président Franklin Delano Roosevelt abrogea finalement le Volstead Act par le 21e amendement qui mit un terme définitif à la prohibition. Enfin, la fin de la prohibition oui et non car chaque État put décider, dans certains comtés, de limiter ou d’interdire l’achat et la vente d’alcool.
Un autre aspect de la prohibition, ce sont ses conséquences sur le vignoble américain. Evidemment, ce fut une catastrophe puisque de nombreux établissements durent fermer, et laisser leurs vignes à l’abandon. Ce qu’il fait qu’aujourd’hui, il n’est pas évident de trouver des domaines datant d’avant la prohibition.
Toutefois, certains réussirent quand même à passer entre les gouttes. En produisant du raisin de table et du jus de raisin par exemple, en produisant officiellement du vin de messe, d’ailleurs à cette époque on n’a jamais produit autant de vin de messe, comme par hasard ou alors carrément en produisant et vendant du vin en toute illégalité, en tentant de ne pas se faire attraper par la patrouille.
Quoiqu’il en soit, une fois la prohibition terminée, le vignoble américain dut renaître de ses cendres, se réinventer et progresser pour devenir l’un des plus intéressants au monde. Et c’est en 1976, avec le fameux Jugement de Paris, que l’on s’intéressa vraiment au vin américain.
En définitive, si la Prohibition a eu quelques effets positifs marginaux (comme la baisse de la mortalité par cirrhose), elle a surtout démontré l’inefficacité d’une loi visant à limiter drastiquement les libertés individuelles, ouvrant la voie à une criminalité et une corruption sans précédent. Aujourd’hui, plus de 100 ans après la loi de prohibition de l’alcool, cela reste un sujet qui continue de diviser aux États-Unis, héritage direct de cette période mouvementée. En attendant, pour ceux qui aiment déguster du vin, de la bière ou des alcools, nous avons la chance de pouvoir le faire librement, mais avec modération bien évidemment.


