L’incroyable histoire de Rudy Kurniawan

L’incroyable histoire de Rudy Kurniawan

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Aujourd’hui, nous allons parler d’une histoire fascinante, celle du plus grand faussaire de vins de l’histoire, vous avez peut-être déjà entendu ce nom, Rudy Kurniawan.

Rudy Kurniawan arrive aux Etats-Unis avec un visa étudiant et s’établit dans la banlieue de Los Angeles en 2000, à l‘âge de 24 ans. Et c’est là que son histoire commence.

On ne sait pas grand-chose de son passé. Il prétend être héritier d’une grande et très riche famille indonésienne. Toujours est-il qu’il vit dans une maison dans le quartier d’Arcadia avec celle qui dit être sa mère.

Un jour, il entre dans une boutique de vin et commence à la fréquenter assidûment, se renseigne, questionne les vendeurs, tout ça dans le but d’approfondir ses connaissances. Notamment sur les vins de Bourgogne.

Il goûte bien sûr et développe son palais de manière spectaculaire. Rudy Kurniawan a un talent exceptionnel. Ses sens sont hyper développés et il a une mémoire olfactive et gustative hors-normes. Idéal lorsque l’on veut se faire une place dans le monde du vin.

Et c’est bien de cela dont il s’agit. Kurniawan cherche à devenir important, se faire un nom dans ce monde très fermé, où, dans les années 2000, l’argent coule à flots.

Alors il parvient à entrer dans un club de dégustation où son talent impressionne et le rend vite incontournable. D’autant que ce n’est pas tout. Il possède de grandes bouteilles. D’où viennent-elles, d’où vient cet argent réellement? Mystère…

Mais il achète avec frénésie. Il participe aux ventes aux enchères où il ne recule devant rien pour acquérir les précieux flacons, toujours la main levée pour surenchérir. Forcément, il attire l’attention.

S’il continue de vivre à Los Angeles, Kurniawan part à New York où se trouvent les plus grosses maisons de vente aux enchères et les plus grands collectionneurs, prêts à dépenser des fortunes pour boire et s’offrir les flacons les plus rares.

Il penètre dans le club de dégustateurs le plus élitiste de la ville, les “12 hommes en colère”. Chaque membre ou invité se fait appeler par un surnom. Ce sera Docteur Conti pour Kurniawan.

Pour exister dans ce monde d’amateurs très fortunés, Rudy Kurniawan se transforme tel un camaléon : vêtements de luxe, montres, voitures.

Pendant ce temps, il peaufine son escroquerie. Après chaque dégustation, il demande à se faire envoyer les bouteilles vides, crée dans sa cuisine un atelier artisanal lui permettant de recréer des étiquettes, boucher les bouteilles à la cire et surtout reproduire les plus grands crus de la planète en mélangeant différents vins tel un alchimiste surdoué.

En 2006, avec l’aide de John Kapon, propriétaire de la maison d’enchères Acker Merrall & Condit, rencontré en 2004, il organise les ventes aux enchères de vin les plus spectaculaires de l’histoire. Ces ventes, baptisées « La Cave«  et « La Cave II«  propulsent le marché vers des niveaux stratosphériques : plus de 35 millions de dollars en deux enchères. Le monde du vin est en ébullition. Près de 12000 bouteilles sont proposées à la vente. Bien sûr, la grande majorité fausse.

Petit à petit, les doutes s’installent mais Rudy Kurniawan continue de mener grand train comme si de rien n’était.

En 2008, il prépare une nouvelle vente aux enchères. Alerté par un de ses amis, Laurent Ponsot, célèbre vigneron bourguignon, découvre que le catalogue propose des bouteilles de son domaine, notamment des Clos Saint-Denis millésimés de 1945 à 1971, alors même que ce vin n’existait pas avant 1982. Le vigneron prévient John Kapon mais peu convaincu par cet entretien téléphonique, il décide de prendre l’avion le lendemain pour New York. Les bouteilles sont retirées de la vente.

Comment le très pointilleux Kurniawan a-t-il pu commettre cette erreur?

Laurent Ponsot se fait alors présenter Rudy Kurniawan qui affirme s’être lui aussi fait avoir par un escroc et lui promet un certain nombre d’informations sur leur provenance.

Mais Laurent Ponsot ne s’arrête pas là et entame un véritable travail de détective pour prouver la culpabilité du faussaire. Il apprend notamment qu’aucune famille Kurniawan fortunée n’existe en Indonésie, si ce n’est un ancien champion de badminton mais aussi où Kurniawan se fournit en cire rouge pour couvrir les bouchons, en papier pour les étiquettes, etc.

La traque dure plusieurs années à travers la planète.

Le milliardaire américain Bill Koch finit par porter plainte en 2009 et engagent des détectives qui finissent par découvrir la vraie identité de Kurniawan, Zhen Wang Huang. Le FBI ouvre une enquête et prend contact avec Laurent Ponsot. Les preuves s’accumulent. Et le 8 mars 2012, les agents fédéraux sonnent à la porte de l’appartement d’Arcadia de Rudy Kurniawan. Ce qu’ils trouvent à l’intérieur dépasse l’entendement. Des milliers d’étiquettes, soi-disant pour tapisser les murs de sa nouvelle maison, dira plus tard son avocat. Des tampons, des cires, des outils pour décapsuler et recapsuler. Des carnets de recettes pour assembler les faux crus.

Rudy Kurniawan est arrêté. Son procès démarre le 9 décembre 2013. Il plaide non coupable mais bien incapable de le prouver. Sa défense est intenable. Il est condamné en août 2014 à dix ans de prison et à verser plus de 28 millions de dollars à ses victimes, des collectionneurs, des fonds d’investissement et des amateurs de vin.

Il sort de prison en novembre 2020, après sept ans et est expulsé vers l’Indonésie en avril 2021.

Aujourd’hui, il paraît que Rudy Kurniawan se fait payer par des amateurs fortunés pour recréer de faux vins, cette fois en toute légalité, afin de les déguster à l’aveugle et en privé.

L’histoire de Rudy Kurniawan est celle d’un homme doté d’un talent hors norme, qui pensa que ce talent pouvait lui permettre de duper éternellement les plus grands vignerons et les plus grands amateurs de vins de la planète. Aujourd’hui, beaucoup de mystères planent encore sur cette escroquerie. D’où vient-il vraiment, quelle est sa véritable personnalité, comment a-t-il pu organiser tout ça tout seul, à cette échelle? Comment a-t-il pu commettre de telles erreurs, lui qui avait un telle connaissance et ce souci du détail?

On ne le saura probablement jamais.

Toujours est-il que si vous achetez ou vous pensez acheter du vin dans les salles d’enchères, je vous recommende d’être plus que prudent, car si les activités de Rudy Kurniawan ont probablement cessé, nul doute que circulent malheureusement beaucoup de fausses bouteilles vendues à des prix exorbitants. En attendant, allez voir votre caviste, allez voir les vignerons et vous serez sûr de déguster de vraies bonnes bouteilles, avec modération comme toujours.

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